Entre la plaine du Rhin et les Vosges, les vignobles d'Alsace courent sur une étroite bande de coteaux, du Bas-Rhin au Haut-Rhin, où l'on cultive surtout des vins blancs de cépage : riesling, gewurztraminer, pinot gris, muscat. Trois appellations, 51 grands crus et une route des vins parmi les plus anciennes de France structurent ce vignoble qui se découvre à pied, à vélo et depuis une cabane posée entre les rangs.
- Le vignoble
- Une surface du vignoble d'environ 15 500 hectares, étirée sur une centaine de kilomètres du nord au sud, abritée des pluies par les Vosges.
- Les vins
- Des vins d'Alsace majoritairement blancs, nommés d'après leur cépage, sous trois AOC : Alsace, Alsace grand cru et Crémant d'Alsace.
- Le séjour
- La route des vins relie les villages vignerons ; dormir sur un domaine permet de visiter caves et parcelles sans reprendre la voiture.
Où se situe le vignoble d'Alsace et la route des vins ?
Le vignoble alsacien occupe les collines sous-vosgiennes, entre 200 et 400 mètres d'altitude environ, face à la plaine du Rhin. Les Vosges forment un écran contre les vents d'ouest chargés de pluie : Colmar compte parmi les villes les plus sèches de France, et cette sécheresse relative, alliée à un bon ensoleillement, permet aux raisins de mûrir lentement jusqu'à l'automne.
La route des vins d'Alsace, balisée depuis 1953, suit ce ruban de coteaux sur quelque 170 kilomètres, de Marlenheim, à l'ouest de Strasbourg, jusqu'à Thann, près de Mulhouse. Elle traverse le Bas-Rhin au nord, avec des villages comme Obernai, Barr, Mittelbergheim ou Dambach-la-Ville, puis le Haut-Rhin, où se concentrent Ribeauvillé, Riquewihr, Kaysersberg, Turckheim et Eguisheim. La partie sud, autour de Colmar, réunit la plus forte densité de grands crus.
La géologie change presque d'un village à l'autre : granite, grès, calcaire, marnes, schistes et roches volcaniques se succèdent sur quelques kilomètres. Cette mosaïque de sols explique pourquoi un même cépage donne des vins très différents selon la parcelle, et pourquoi les vignerons alsaciens parlent autant de terroir que de raisin.
Quels cépages sont cultivés en Alsace ?
Contrairement à la plupart des vignobles français, l'Alsace affiche le nom du cépage sur l'étiquette. Sept variétés principales portent l'essentiel de la production, et la bouteille élancée, dite flûte d'Alsace, signale presque toujours un vin blanc sec ou demi-sec.
- Riesling : le cépage emblématique, sec, tendu, aux arômes d'agrumes et de pierre à fusil ; il exprime le mieux les différences de sol.
- Gewurztraminer : aromatique, ample, aux notes de rose et de litchi, souvent légèrement moelleux.
- Pinot gris : riche et fumé, un vin blanc de gastronomie qui accompagne volaille et plats en sauce.
- Muscat : muscat blanc à petits grains et muscat ottonel, vinifiés secs, au goût de raisin frais.
- Sylvaner : léger et désaltérant, le vin de soif des winstubs.
- Pinot blanc : souple, souvent assemblé avec l'auxerrois, base fréquente du crémant.
- Pinot noir : le seul cépage rouge autorisé, qui donne un vin rouge léger ou, sur les meilleurs coteaux, des cuvées plus structurées.
Cette palette de cépages donne une production d'une grande diversité, de la fraîcheur d'un sylvaner à la saveur intense d'un gewurztraminer, en passant par la finesse d'un riesling de grand cru. Selon le Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (CIVA), qui suit la production et la commercialisation des vins de la région, les blancs représentent l'écrasante majorité des volumes. Deux curiosités complètent la liste. Le klevener de Heiligenstein, issu du savagnin rose, n'est produit que sur quelques communes du Bas-Rhin autour de Heiligenstein. L'edelzwicker, enfin, désigne un assemblage de plusieurs cépages blancs, servi en carafe dans les tavernes.
Les appellations : AOC Alsace, grands crus et crémant
Trois appellations d'origine contrôlée couvrent l'ensemble de la production. L'AOC Alsace regroupe les vins de cépage et les assemblages ; elle peut être complétée par le nom d'une commune ou d'un lieu-dit. L'AOC Alsace grand cru, reconnue à partir de 1975, délimite 51 terroirs précis, du Steinklotz au nord au Rangen de Thann au sud. Le Crémant d'Alsace, effervescent élaboré par seconde fermentation alcoolique en bouteille, représente aujourd'hui une part importante des volumes.
Les grands crus imposent des rendements plus faibles, exprimés en hectolitres par hectare, et une récolte manuelle. Certains sont devenus des noms que l'on cherche sur la carte : Schlossberg à Kientzheim, Brand à Turckheim, Hengst à Wintzenheim, Rangen à Thann, Altenberg de Bergheim. Les deux mentions de vendange tardive, « vendanges tardives » et « sélection de grains nobles », signalent des raisins récoltés surmûris, parfois touchés par la pourriture noble, pour des vins moelleux ou liquoreux de garde.
| Appellation ou mention | Ce qu'elle désigne | Style de vin |
|---|---|---|
| AOC Alsace | Vins de cépage ou d'assemblage, sur tout le vignoble | Blancs secs à demi-secs, rosés et rouges de pinot noir |
| Alsace grand cru | 51 lieux-dits délimités, cépages nobles surtout | Blancs de garde, expression marquée du terroir |
| Crémant d'Alsace | Effervescent en méthode traditionnelle | Bulles fines, blanc ou rosé |
| Vendanges tardives, sélection de grains nobles | Mentions pour raisins surmûris | Moelleux et liquoreux |
Une brève histoire des vignobles d'Alsace
La vigne est cultivée en Alsace depuis l'époque romaine, et le vignoble connaît son apogée à la fin du Moyen Âge, lorsque les vins d'Alsace descendent le Rhin vers les cours d'Europe du Nord. La guerre de Trente Ans ruine une grande partie des coteaux ; la région, passée à plusieurs reprises de la France à l'Allemagne entre 1871 et 1945, reconstruit ensuite son vignoble en privilégiant la qualité.
Cette tradition se lit encore dans les villages fortifiés, les maisons de vignerons à colombages et les caves voûtées où reposent de grands foudres de chêne, parfois centenaires. La culture de la vigne y reste souvent familiale : beaucoup de domaines se transmettent depuis plusieurs générations, et une part croissante des exploitations est aujourd'hui conduite en agriculture biologique ou biodynamique, ce qui fait de l'Alsace bio l'une des régions viticoles françaises les plus engagées sur ce terrain.
Comment découvrir les vins d'Alsace sur place ?
La manière la plus simple de découvrir les vins d'Alsace consiste à pousser la porte des caves le long de la route du vin. La plupart des domaines accueillent sans rendez-vous aux heures d'ouverture, surtout dans le Haut-Rhin ; les maisons plus petites préfèrent qu'on appelle avant. Une dégustation suit en général l'ordre des cépages, du sylvaner au gewurztraminer, puis les grands crus et les vins moelleux.
Plusieurs villages organisent des sentiers viticoles balisés, ponctués de panneaux sur les cépages et les sols : ceux d'Eguisheim, de Riquewihr, de Turckheim ou de Mittelbergheim se parcourent en une à deux heures. Le site de l'office régional Alsace Destination Tourisme propose une carte interactive des caves, des sentiers et des fêtes du vin, pratique pour préparer un itinéraire. Pour les amateurs de pratique, participer aux vendanges aux côtés d'un vigneron en septembre et octobre reste la meilleure façon de comprendre le travail de la vigne.
Au fil des visites, on croise aussi le marc de raisin, eau-de-vie distillée à partir des peaux pressées, ainsi que le marc de gewurztraminer, spécialité locale servie en fin de repas.
Accords mets et vins : la table alsacienne
La cuisine régionale est le meilleur terrain pour comprendre ces vins. Chaque recette traditionnelle a son accord : le riesling avec la choucroute ou une truite, le pinot gris avec le baeckeoffe, le gewurztraminer avec le munster, le crémant avec le kougelhopf du dimanche. De nombreux domaines proposent une visite suivie d'un repas gastronomique ou d'une assiette de produits du terroir, et cette rencontre avec un vigneron qui raconte sa passion et son travail sans discours commercial, reste souvent le souvenir le plus authentique d'un voyage en Alsace.
Quelles activités autour des vignobles alsaciens ?
Destination prisée toute l'année, l'Alsace offre une expérience unique : un paysage de coteaux pittoresques, des villages fleuris, des jardins de vignerons et des couleurs qui changent à chaque saison. Un circuit d'un weekend suffit pour une première découverte, mais la destination mérite davantage pour une expérience complète.
Au-delà de la dégustation, le vignoble se prête à un week-end complet. Les pistes cyclables qui longent la route des vins permettent de relier plusieurs villages dans la journée, avec des vélos à assistance électrique loués sur place pour les montées. Les châteaux forts qui dominent les coteaux, comme le Haut-Koenigsbourg au-dessus de Saint-Hippolyte ou les trois tours d'Eguisheim, offrent des panoramas sur les vignes et la plaine.
- Randonnée sur les sentiers viticoles et les crêtes vosgiennes, au départ des villages.
- Fêtes du vin de l'été et marchés de Noël de décembre, dans presque chaque commune.
- Découverte de la gastronomie en winstub : baeckeoffe, choucroute au riesling, tarte flambée, munster.
- Apéritif au crémant face aux coteaux, au moment d'un coucher de soleil dans les vignes.
Dormir dans une cabane au cœur des vignes d'Alsace
Plusieurs domaines ont installé, en bordure de parcelles, des hébergements insolites : cabanes en bois des Vosges, cabanes sur pilotis, roulottes ou lodges avec terrasse orientée vers les coteaux. L'intérêt est double : se réveiller au milieu des rangs, et visiter la cave de son hôte en fin de journée, sans reprendre le volant après la dégustation. Les formules les plus courantes incluent le petit-déjeuner avec produits locaux, parfois un panier dînatoire avec tarte flambée et une bouteille du domaine.
Les cabanes sont souvent construites en douglas ou en épicéa, isolées et chauffées pour être ouvertes de l'automne à l'hiver. Certaines ajoutent un bain nordique ou un spa sur la terrasse. Pour une vue plongeante sur les ceps et les toits des villages, une cabane perchée au-dessus du vignoble reste la formule la plus recherchée. Le prix dépend de la saison, du week-end ou de la semaine et des prestations incluses (repas, dégustation, spa) : les week-ends d'octobre et de décembre sont les plus demandés.
Quand venir et comment se rendre en Alsace ?
Chaque saison a son intérêt. Le printemps, d'avril à juin, convient à la randonnée avec des coteaux verts et peu de monde. L'été apporte les fêtes du vin et les soirées longues. L'automne reste la période la plus prisée : les vendanges animent les villages en septembre et octobre, puis les feuilles virent au jaune et au rouge. En décembre, les marchés de Noël de Colmar, Kaysersberg ou Riquewihr attirent une foule importante ; mieux vaut réserver plusieurs semaines à l'avance.
Pour se rendre dans le vignoble, le TGV dessert Strasbourg, Colmar et Mulhouse ; des TER relient ensuite Obernai, Barr, Sélestat ou Turckheim. Sur place, la voiture ou le vélo restent nécessaires pour atteindre les villages perchés. L'aéroport de Bâle-Mulhouse est le plus proche pour les visiteurs venus de loin. Prévoir deux à trois jours permet de parcourir la route des vins du nord au sud sans se presser.
Questions fréquentes sur les vignobles d'Alsace
Combien de grands crus compte l'Alsace ?
L'appellation Alsace grand cru regroupe 51 lieux-dits délimités, répartis entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, avec une forte concentration autour de Colmar.
L'Alsace produit-elle du vin rouge ?
Oui, à partir du seul pinot noir, qui donne des rouges légers et fruités ou, sur les meilleurs terroirs, des vins plus concentrés. Le vin blanc reste toutefois très largement majoritaire.
Quel est le plus beau village de la route des vins d'Alsace ?
Eguisheim, Riquewihr et Kaysersberg sont les plus cités pour leurs remparts et leurs maisons à colombages ; Mittelbergheim et Dambach-la-Ville, plus calmes, séduisent ceux qui fuient la foule.

















